Qu'est-ce que la PRT (Pain Reprocessing Therapy) ?

La Pain Reprocessing Therapy est une méthode psychologique qui réentraîne le cerveau à interpréter correctement les signaux du corps, dans le but de désactiver les circuits de la douleur chronique. Développée par Alan Gordon, psychothérapeute et fondateur du Pain Psychology Center à Los Angeles, elle repose sur un constat contre-intuitif : la plupart des douleurs chroniques ne viennent pas d'une lésion persistante, mais d'un dysfonctionnement appris du cerveau.

Gordon a d'abord guéri sa propre douleur chronique grâce à cette approche. Frustré par les traitements conventionnels — antidouleurs, infiltrations, chirurgie — qui traitaient le symptôme sans toucher la cause, il a synthétisé des techniques issues des neurosciences, de la thérapie cognitivo-comportementale et de la pleine conscience en un protocole structuré.

Quand une blessure initiale guérit mais que la douleur persiste, c'est que le cerveau a « appris » à générer un signal douloureux en l'absence de menace réelle. La PRT vise à désapprendre cette réponse. Pas par la distraction ni par la gestion de la douleur — par sa résolution.

La méthode se distingue des approches classiques de psychologie de la douleur (comme la TCC adaptée) par un objectif radical : non pas « mieux vivre avec la douleur », mais l'éliminer. Les résultats cliniques, publiés dans JAMA Psychiatry, montrent que ce n'est pas un vœu pieux.

Douleur nociplastique : quand le cerveau fabrique la douleur

En 2017, l'Association internationale pour l'étude de la douleur (IASP) a officialisé un troisième type de douleur — la douleur nociplastique — définie comme une douleur sans lésion tissulaire ni atteinte nerveuse identifiable. Cette reconnaissance a donné un nom scientifique au phénomène que la PRT cible directement.

Deux types de douleur étaient déjà bien compris :

  • Nociceptive — causée par un dommage réel (fracture, brûlure, inflammation)
  • Neuropathique — causée par une lésion du système nerveux (sciatique, neuropathie diabétique)

La douleur nociplastique, elle, survient quand le système nerveux central amplifie ou fabrique des signaux douloureux sans cause périphérique. Le mécanisme principal : la sensibilisation centrale. Les neurones de la moelle épinière et du cerveau deviennent hyperréactifs — ils interprètent comme dangereux des signaux normaux (toucher, mouvement, température).

Imaginez une alarme incendie défectueuse qui se déclenche à chaque fois que vous faites cuire un toast. Le toast n'est pas un incendie, mais l'alarme hurle quand même. Dans le cas de la douleur nociplastique, votre cerveau est cette alarme — et la PRT est la recalibration.

Selon les National Institutes of Health, 85 % des lombalgies chroniques n'ont aucune cause physique identifiable à l'imagerie. Pas de hernie, pas de fracture, pas de lésion — juste un cerveau qui a appris à produire de la douleur.

Cette découverte explique pourquoi tant de traitements structurels (chirurgie du dos, infiltrations) échouent pour les douleurs chroniques : ils cherchent un problème là où il n'y en a pas. La PRT, elle, traite le bon organe.

L'étude Boulder Back Pain : la preuve par l'IRM

En septembre 2021, une étude randomisée contrôlée publiée dans JAMA Psychiatry a montré que 66 % des patients traités par PRT étaient libérés de leur douleur ou presque, contre 20 % sous placebo et 10 % avec les soins habituels. Ces résultats dépassent ceux de tout autre traitement psychologique de la douleur testé en essai contrôlé randomisé.

L'étude, menée à l'Université du Colorado à Boulder sous la direction de Yoni Ashar, a recruté 151 participants souffrant de lombalgies chroniques depuis au moins 6 mois. Ils ont été répartis en trois groupes :

Résultats de l'étude Boulder Back Pain (Ashar et al., 2021)
GroupeProtocoleSans douleur ou presque
PRT1 séance médicale + 8 séances psy sur 4 semaines66 % (33 sur 50)
PlaceboInjection de sérum physiologique20 % (10 sur 51)
Soins habituelsContinuation du traitement en cours10 % (5 sur 50)

Le plus fascinant n'est pas dans les questionnaires — c'est dans les scanners cérébraux. Les chercheurs ont réalisé des IRM fonctionnelles avant et après traitement. Chez les patients traités par PRT, l'activité dans trois régions clés du traitement de la douleur avait significativement diminué :

  • Cortex cingulaire antérieur moyen — impliqué dans la composante émotionnelle de la douleur
  • Cortex préfrontal antérieur — lié à l'évaluation des menaces
  • Insula antérieure — qui intègre les signaux corporels et émotionnels

La PRT n'a pas seulement changé ce que les patients disaient ressentir. Elle a changé ce que leur cerveau faisait. Les circuits de la douleur se sont physiquement désactivés. L'étude a été financée par trois instituts du NIH (NIDA, NIMH, NCATS).

Déroulement d'une séance de PRT

Un protocole PRT standard comprend 8 à 10 séances avec un thérapeute formé, précédées d'une consultation médicale pour exclure toute pathologie structurelle active. La durée varie selon les patients, mais l'étude Boulder a obtenu ses résultats avec 9 séances sur 4 semaines.

Le traitement suit cinq étapes, pas nécessairement linéaires :

  1. Éducation sur la douleur — Le thérapeute explique comment le cerveau génère la douleur, pourquoi elle persiste après la guérison des tissus, et pourquoi elle est réversible. Beaucoup de patients arrivent convaincus que leur dos est « foutu ». Leur montrer une IRM normale change la donne.
  2. Collecte de preuves personnalisées — Le thérapeute aide le patient à repérer les indices d'une douleur d'origine cérébrale : douleur qui migre, qui varie avec le stress, qui disparaît pendant certaines activités, qui est apparue sans traumatisme.
  3. Réévaluation des sensations par la sécurité — Le cœur technique de la PRT. Le patient apprend à observer ses sensations douloureuses non plus comme un signal de danger, mais comme un signal erroné. C'est ici qu'intervient le somatic tracking.
  4. Gestion des menaces émotionnelles — La peur, la colère, la pression au travail et le perfectionnisme alimentent les circuits de la douleur. Le thérapeute aide à identifier et désamorcer ces déclencheurs.
  5. Orientation vers les sensations positives — Plutôt que de se focaliser sur la douleur, le patient redirige son attention vers les sensations agréables et les émotions positives, renforçant les circuits neuronaux de sécurité.

Le somatic tracking en pratique

Le somatic tracking est la technique signature de la PRT. Il combine trois ingrédients :

  • Pleine conscience — Observer la sensation douloureuse avec curiosité, sans jugement, sans essayer de la modifier
  • Réévaluation de sécurité — Se rappeler activement que le corps n'est pas en danger, que la douleur est un signal erroné du cerveau
  • Induction d'affect positif — Cultiver un sentiment de légèreté ou de calme pendant l'observation

En séance, le thérapeute guide le patient : « Portez votre attention sur votre dos. Que ressentez-vous exactement ? Une tension ? Une brûlure ? Observez-la. Ce n'est pas un signe de dommage — c'est votre cerveau qui surréagit. Pouvez-vous l'observer avec curiosité plutôt qu'avec peur ? »

L'exercice dure quelques minutes. Au fil des séances, le signal douloureux diminue — parfois en temps réel. Le cerveau apprend, littéralement, que la sensation n'est pas dangereuse, et il cesse de l'amplifier.

À qui s'adresse la thérapie de reconditionnement de la douleur ?

La PRT cible les douleurs chroniques d'origine nociplastique — celles qui persistent malgré l'absence de lésion tissulaire active ou qui dépassent largement ce qu'une lésion identifiée justifierait. Elle ne remplace pas la médecine pour les pathologies structurelles actives.

Les indications les mieux documentées :

  • Lombalgie chronique — surtout quand l'imagerie ne montre rien de significatif (85 % des cas selon le NIH)
  • Fibromyalgie — douleur diffuse touchant environ 1,6 % de la population, soit 1,5 million de personnes en France selon l'Inserm
  • Cervicalgies et dorsalgies chroniques sans cause structurelle
  • Céphalées de tension et certaines migraines chroniques
  • Troubles musculo-squelettiques (TMS) liés au travail

Certains signaux orientent vers une douleur nociplastique plutôt que structurelle : la douleur migre d'un endroit à l'autre, elle varie selon le stress ou l'état émotionnel, elle est apparue sans traumatisme identifiable, l'imagerie ne montre rien d'anormal (ou des anomalies banales pour l'âge), et les traitements physiques n'ont rien changé.

La PRT n'est pas indiquée pour les douleurs liées à une pathologie active : cancer, infection, fracture récente, maladie auto-immune en poussée. Un diagnostic médical préalable est indispensable — c'est d'ailleurs la première étape du protocole.

Pour les cas mixtes — une hernie discale réelle mais une douleur disproportionnée par rapport à la lésion — la PRT peut compléter un traitement médical classique. Le thérapeute aide à démêler la part structurelle de la part nociplastique.

Résultats à long terme : le suivi à 5 ans

Le suivi à 5 ans de l'étude Boulder, publié en 2025 dans JAMA Psychiatry, confirme que plus de la moitié des patients traités par PRT restent sans douleur ou presque, cinq ans après 4 semaines de traitement. Aucun autre traitement psychologique de la douleur n'avait montré une telle durabilité en essai contrôlé.

Ce résultat est remarquable pour deux raisons.

La persistance, d'abord. Quatre semaines de thérapie, huit séances — et les effets tiennent cinq ans. En comparaison, les traitements médicamenteux (opioïdes, anti-inflammatoires) cessent d'agir dès l'arrêt de la prise. Les infiltrations ont une efficacité médiane de 3 à 6 mois.

Le mécanisme, ensuite. Les auteurs de l'étude concluent que la PRT produit une véritable « récupération » (recovery) et non un simple coping. Les patients ne gèrent pas mieux leur douleur — ils ne l'ont plus.

La distinction est fondamentale. Les thérapies cognitivo-comportementales classiques visent l'adaptation ; la PRT vise l'élimination.

Les données IRMf initiales expliquent cette durabilité : les changements observés dans le cortex cingulaire, le cortex préfrontal et l'insula ne sont pas des effets temporaires. Ce sont des réorganisations neuronales — de la neuroplasticité, cette fois dans le bon sens. Le cerveau a « désappris » la douleur.

Une analyse secondaire publiée en 2023 dans JAMA Network Open a précisé le levier thérapeutique central : les patients qui attribuaient leur douleur au cerveau plutôt qu'au corps (processus de réattribution) bénéficiaient le plus du traitement. Changer de croyance sur l'origine de la douleur est ce qui déclenche la guérison.

Trouver un praticien et commencer la PRT

Le Pain Reprocessing Therapy Institute maintient un annuaire international de praticiens certifiés, regroupant des thérapeutes dans plus de 20 pays. C'est le point de départ le plus fiable pour trouver un professionnel formé au protocole.

L'annuaire classe les praticiens par catégorie :

  • Psychothérapeutes et psychologues
  • Médecins et infirmiers
  • Kinésithérapeutes et ostéopathes
  • Coachs spécialisés en douleur

La majorité des praticiens référencés exercent aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. En France, la PRT reste peu connue — quelques thérapeutes formés proposent des consultations, souvent en visioconférence. Le site Freedom from Chronic Pain offre un second annuaire avec filtres par spécialité.

Pour ceux qui souhaitent commencer sans thérapeute, deux ressources accessibles :

  • The Way Out (2021) d'Alan Gordon et Alon Ziv — le livre de référence, publié chez Penguin Random House. Il détaille le protocole étape par étape avec des exercices pratiques. Non traduit en français à ce jour.
  • L'application Curable — propose des exercices audio guidés basés sur la PRT et les approches neuroscientifiques de la douleur (en anglais)

Pour les professionnels de santé, le Pain Reprocessing Therapy Institute propose une formation certifiante en ligne. Les praticiens formés sont ensuite référencés dans l'annuaire officiel. Des sessions de formation sont prévues en 2026 chez Freedom from Chronic Pain.

La PRT arrive à un moment charnière pour la médecine de la douleur. En France, la lombalgie chronique est la première cause d'inaptitude médicale chez les moins de 45 ans. La fibromyalgie touche 1,5 million de personnes. Les opioïdes, longtemps prescrits par défaut, ont montré leurs limites — et leurs dangers.

Face à cette impasse, une approche qui désactive la douleur à sa source cérébrale en 8 séances, avec des effets documentés sur 5 ans par imagerie fonctionnelle, mérite l'attention des patients comme des professionnels.

La difficulté reste l'accès : peu de praticiens formés en francophonie, pas de traduction française du livre de référence, et un système de santé qui rembourse la chirurgie du dos mais pas la thérapie qui pourrait l'éviter. C'est là que se joue le prochain chapitre.

Traitement des douleurs neuroplastiques : questions fréquentes